LA VAGUE - La Ola
De Sebastian Lelo

Écho et (ré)percussions
Julia, étudiante à l’université du Chili veut réussir son examen final de chant. Sauf qu’elle ne saisit pas, tout de suite, à quel point l’expression « trouver sa voix » est importante.
Laissez-vous emporter par la Vague du réalisateur Sebastian Lelio.
L’esthétisme des images est fou. Les textes, dialogues comme paroles de chansons, sont percutants et entêtants.
Les chorégraphies devraient être reproduites version flash mob à la journée des droits des femmes.
Les interprétations sont d’une belle justesse. La mise en scène est haute en couleurs et truffée de symboles.
Le mouvement estudiantin de 2018 était un joyeux chaos organisé et bien rythmé. Lelio en a fait une œuvre cinématographique engagée et puissante qui fait écho au combat des femmes.
LES INDES GALANTES
De Philippe Béziat

C’est un dialogue entre danses urbaines et chant lyrique. C’est une réappropriation d’un classique pour le faire entrer dans l’ère contemporaine.
Ce sont les coulisses de la création d’un opéra baroque moderne, des répétitions aux représentations publiques.
L’opéra-ballet, Les Indes Galantes, de Jean-Philippe Rameau se refait une beauté du genre inoubliable. A l’œuvre de cette adaptation : le réalisateur français, Clément Cogitore, le chef d’orchestre argentin Leonardo Garcia Alarcon et la Cie Rualité dirigée par la chorégraphe Bintou Dembélé.
Vous n’oublierez pas la rencontre — et eux non plus — d’une trentaine de danseurs, aux origines diverses, spécialisée dans la danse urbaine (break, voguing, krump, waacking…) avec l’univers de l’opéra et ses choristes, musiciens, solistes, costumiers. Les uns comme les autres se fascinent par leur talent.
Vous ressentirez encore longtemps l’émotion lyrique et chorégraphique de ce film à la puissance visuelle indéniable.
Leçon d’interprétation, leçon de direction orchestrale, leçon de maîtrise du corps. Vous n’oublierez pas l’osmose artistique crée sur cette scène de l’Opéra Bastille.
L’objectif est de montrer une vision du monde plus métissée, plus hybride. Une réflexion sur notre rapport à l’autre, la peur de l’inconnu, l’ordre établi. Un appel à mettre le pied dans l’ascenseur social…
Et ce genre d’invitation ne se refuse pas.
En bonus : des leçons de style pour vous entrainer à oser prendre corps !

Réalisé par le duo Thierry Demaizière et Alban Teurlai. Diffusé par et sur Netflix
Amateurs et amatrices de danse et autres curieux en mouvement, cette série documentaire est faite pour vous! Regarder Move, c’est comme avoir la chance d’entrer dans 5 studios à l’univers chorégraphique différent (flamenco, hip-hop, dancehall, danse contemporaine). Une immersion dans un parcours de vie à la fois intime et professionnel. Les artistes présentés ici brillent par leur singularité. Ils ont non seulement marqué l’histoire de la danse mais aussi les esprits. Chaque épisode est une leçon qui donne parfois à bouger ses propres lignes. Une première saison qui en appelle une autre, tellement la production est esthétique, savamment rythmée, à couper le souffle.
FAITES LE MUR!
de Banksy

Ce documentaire est satirique, politique, humoristique. Il est à l’image de l’œuvre de Banksy. C’est avant tout une pure dédicace à tous ceux qui ont contribué à la reconnaissance de cet art, pas si éphémère, qu’est l’art urbain. Certes, l’expérience cinématographique déborde un peu du cadre et du propos. On finit par s’y faire voire à se prendre au « je » dans toute sa subversion. Bon, c’est aussi l’histoire d’un inconnu devenu artiste (et riche !) sur un gros malentendu...
CHARLES TRENET, L’ENCHANTEUR
Réalisé par Philippe Kohly

Son palmarès : 2000 chansons écrites, 1000 détruites, 600 produites.
Poète, auteur-compositeur et amoureux du jazz, Charles Trenet a inventé un nouveau genre dans la chanson française.
Pour conjurer les blessures du passé, il a fait de sa fantaisie méprisée des mélodies, de son amour de la langue française un art burlesque, de sa radio dans la tête, une œuvre pleine de vie.
On disait de lui qui était « sportivement joyeux ». L’écouter, c’est transformer sa mélancolie en lumière et en légèreté rebondissante.
De Myriam Verreault
« Il faut avoir connu la captivité pour savoir ce qu'est la liberté ».
Dans ce film, la réflexion sur l'identité est semblable à l'attrape-rêves qui symbolise à la fois le piège des démons et la protection des rêves. Mikuan Vollant grandit dans un réserve de la communauté innuie au Québec. Son désir d'émancipation et son ambition se heurtent aux traditions et aux volontés de son entourage. Son histoire et sa culture l'empêchent de se construire. Les repères qui sont censés la rassurer l'enferment dans un territoire auquel elle est profondément attachée mais trop étroit pour elle.
Elle s'en échappe en écrivant des textes magnifiques pleins de poésie et de philosophie, troublant par leur acuité à décrire et percevoir le monde et sa place dans celui-ci. Sa voix qui s'abandonne finit par s'élever et s'incarner dans un avenir autodéterminé.
D’Emerald Fennell
Le propos s’énonce clairement : jusqu’où peut-on aller pour dénoncer des comportements, révéler la vérité et confronter la société à ses propres failles ?
Sous couvert d’un thriller, c’est un manifeste féministe radical. Le personnage principal Cassie, cette jeune fille dont l’avenir prometteur a été balayé par un événement inattendu est prête à tout pour mener sa lutte individuelle au nom d’un combat collectif. Elle devient l’héroïne de sa propre vie.
L’interprétation de Carey Mulligan est saisissante et inoubliable. C’est un uppercut, un coup de poing dans l’estomac. C’est intense et perturbant. C’est plus qu’une banale histoire de vengeance. Et ça soulève beaucoup de questions…
De Bruno Dumont
Bienvenue dans le monde obscène et miroitant de la télévision. Cette fabrique des images où l’exploitation des émotions est au premier plan. Tout doit être photogénique, tout doit être rentable.
France, journaliste adulée, a besoin de la lumière des plateaux pour se sentir exister car elle a vendu son âme, en toute conscience, au diable cathodique. Elle y honore ce pacte malgré les avenants illusoires que sont le danger de l’incarnation d’un personnage dans une société obnubilée par la mise en scène, la violence psychologique des réseaux sociaux, la célébrité et son revers.
L’interprétation de Léa Seydoux tout comme celle de Blanche Gardin en tant qu’attachée de presse sans limites, sans morale, est magistrale. Son regard nous hante, son malheur auto-infligé nous perturbe, sa lucidité sur son propre sort nous afflige.
Ce film, certes un peu long, est grandiose par sa cynique réalité.


