Les femmes africaines ont concrètement inventé la technique du tressage qui consiste à entrelacer trois sections de cheveux et qui a pour but de protéger du dessèchement. Plus vieille coiffure du monde, elle a longtemps servi à démarquer les ethnies africaines les unes des autres. Elle recelait également une signification précise selon la condition sociale, l’âge ou les événements de la vie (mariage, enterrement). Toujours aussi importante dans la vie des femmes, la méthode s’acquiert dès le plus jeune âge. Là où certaines apprennent à compter, à lire, à faire du vélo, les petites filles aux cheveux de coton n’ont d’autre choix que de maîtriser le doigté capillaire pour paraître soignées.
Art préhistorique, art de la transmission, art de la créativité, la tresse a traversé les différentes ères, voyagé de continent en continent, a fait des émules auprès de la communauté noire mais il aura fallu une Kim (Kardashian) et une Elsa (de Disney) pour que cette coiffure soit enfin reconnue à sa juste valeur et devienne tendance. Même Pocahantas n’a pas réussi un tel engouement dans la durée. Vous l’avez sans doute remarqué, les femmes ne jurent que par ça en ce moment : à la télé (dans les émissions comme Koh Lanta/The Island, c’est une coiffure idéale pour camoufler les cheveux sales), à la ville (touristes au programme chargé ayant téléchargé des tutoriels sur leur tablette avant de partir), au bureau (la couronne natte est une variante professionnelle du chignon négligé), à la salle de sport (tu n’as pas associé ton élastique à tes lacets, rohh la loose quoi !).
Pratique, rapide, efficace, la tresse a de beaux jours devant elle. Et n’oubliez pas entre deux shampoings de « libérer, délivrer » votre cheveu!
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Les 20 Commandements de la vie en banlieue
Pour entrer dans les transports en commun, ton prochain, tu piétineras
Le collé-serré non consentant, tu exerceras
A tes aînés, ta place, tu céderas
Ta vision de la beauté, tu imposeras
Tes baskets à ton foulard, tu assortiras,
De tes marques et de ton smartphone, tu te vanteras
Le style de tes potes, tu copieras
Ton flingue, de manière peu subtile, tu cacheras
Ta conversation téléphonique, au plus grand nombre, tu partageras
Sur les bonnes vibes pour te remonter le moral, tu compteras
A la solidarité de la communauté, tu te raccrocheras
Tes fruits et légumes, tu braderas
Expert du harcèlement de rue, tu seras
A la gent féminine, l’espace public, tu refuseras
De l’abus d’autorité, tu te méfieras
Le respect et l’acceptation de tes origines, tu revendiqueras
Tes envies de changer la réalité et de réussir ici, tu exprimeras
En faisant preuve de détermination et de débrouillardise, tu te démarqueras
Par l’élaboration de nouvelles règles, de la société, tu te joueras
De par ton attitude, la violence symbolique et ta frustration, tu dénonceras.
Cécile Thomachot
EGALITE DES CHANCES : deux associations pour un même constat
On a mis les petits plats dans les grands ce jeudi 22 octobre à l’Equinoxe dans le 15ème arrondissement de Paris : sono tonitruante, vidéo rétrospective, petits fours, ambiance lounge. « 10 ans, ça se fête », aimera t-on répéter tout au long de la soirée. 10 ans que l’association Nos Quartiers ont des Talents (NQT) œuvre pour l’égalité des chances. 10 ans que le projecteur est dirigé vers la discrimination des jeunes dits de quartiers défavorisés, qui à défaut d’avoir minimum Bac +3, ont le malheur d’avoir un visage trop typé et/ou un nom à consonance étrangère, souvent africaine, pour ne pas le dire. A coup d’autocongratulation, personnalités politiques, chefs d’entreprises, jeunes accompagnés reçoivent des trophées estampillés NQT. Sans oublier la pose devant les photographes et la bise à Yazid Chir et Raynald Rimbault, les co-fondateurs de ce projet devenu grand. 1500 invités étaient attendus pour l’événement. La salle n’est pas comble mais presque. De jeunes diplômés dont l’optimisme n’est pas franchement palpable. En cause ? On leur a dit de faire des études. Ils ont en fait. De Bac +3 à Bac +8. Ils ont rendu fiers leurs parents. Ils ont montré l’exemple à leurs cadets. Mais voilà, ils s’appellent Mouhammad, Khadija, Moustapha, Nassera. Leur prénom fait tache. Une tache qui couvre tout sur leur curriculum vitae, arrêtant instantanément toute lecture, masquant leurs multiples compétences et dissimulant tout leur potentiel.
Des paroles et des engagements
L’association est née suite aux émeutes de banlieues de 2005. « Ayez une entreprise aux couleurs de la France » est toujours le leitmotiv de cette initiative qui vise à accompagner les jeunes hauts diplômés de banlieues dans leur recherche d’emploi à la hauteur de leurs compétences par le biais de parrainage de grands groupes. Orange, Disneyland, Carrefour, Société Générale, Google France, SNCF, font partie des 700 partenaires de l’opération. Tous fiers d’avoir signé la charte de la diversité. Ce fameux texte écrit en 2004 qui est censé inciter les entreprises à garantir la promotion et le respect de la diversité dans leurs effectifs. La société est arrivée à un tel point qu’elle a besoin désormais de décoloniser les imaginaires par la rédaction et la signature de textes. Mais l’impression papier ne signifie pas que les mots se sont réellement inscrits dans les mentalités. Les traités n’empêchent pas la guerre. On reproche trop souvent à la jeunesse de ne répondre que par la violence mais aucune arme même intellectuelle n’est assez forte pour lutter contre la violence symbolique. N’est-ce pas paradoxal d’être obligé de dire aux entreprises qui s’installent dans les banlieues qu’elle doivent embaucher de la main d’œuvre locale, de leur suggérer de regarder juste en bas de leur immeuble, de leur ouvrir les yeux sur cette France plurielle et métissée, de les forcer à tendre la main à ces jeunes bardés de diplômes prêts à en découdre avec le marché du travail mais enfermés malgré eux dans une catégorisation sociale qui leur colle à la peau et au CV : habite dans le 93, est français d’origine…, a fait de grandes études universitaires mais n’est pas issu de grandes écoles.
Un beau gâchis
A la crise sociale s’est ajoutée la crise économique. Et l’inclusion sociale semble se heurter à un mur de plus en plus épais appelé : hypocrisie.« J’ai tout de suite dit oui à cette initiative intelligente, utile et collective avec des valeurs qui nous sont chères » témoigne Laurence Parisot, ancienne présidente du Mouvement des entreprises de France (Medef), lors de cette soirée d’anniversaire. « Je ferai tout pour remédier aux petits blocages politiques et administratifs car je souhaite que ce projet continue de s’épanouir», s’enthousiasme Myriam Al Khomri, la nouvelle ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social.
Ne vous méprenez pas, NQT tout comme son aînée l’Association pour Favoriser l’Intégration Professionnelle (AFIP) fondée en 2002 ont le mérite d’exister pour pallier le déficit gouvernemental et sociétal mais leur prolongation dans le temps et leur expansion n’est pas de bonne augure. En 2012, l’AFIP fêtait également ses 10 ans. « J’ai fait la promesse à mon fils de 11 ans que lorsqu’il aurait 20 ans, la société aura changé et l’appréciera pour son potentiel. Rien ne pourra l’empêcher de concrétiser ses rêves et surtout pas ses origines. A ce moment là, L’AFIP n’aura plus de raison d’être mais pour tout vous dire, nous en sommes encore loin » disait à ce moment-là Carole Da Silva, présidente de l’association.
70 % des jeunes accompagnés par ces deux associations trouvent un emploi à la hauteur de leurs qualifications. Des résultats constants mais qui ne doit pas faire oublier la hausse considérable des candidats à ces programmes d’accompagnement personnalisé et gratuit.
Raynald Rimbault parle de « ces jeunes méritants » avec emphase. Or, la France n’est pas un société du mérite. C’est un fait incontestable. Tout le monde le sait, l’intégration dans notre société moderne passe principalement par l’emploi. Sans travail et sans bonne raison (médicale), tu es considéré comme un parasite. Alors comment trouver sa place dans une société qui n’arrive pas à faire tomber les barrières des préjugés…
Combien de fois, n’a t-on pas entendu : c’est mieux que rien, non ? Cette phrase est humiliante et vous ne savez pas à quel point elle résonne dans l’inconscient. C’est une incitation à revoir ses ambitions à la baisse. Elle laisse un goût très amer, à nous, citoyens français, à qui l’on a martelé les valeurs de la République. On nous rappelle constamment nos devoirs tout en bafouant nos droits. A l’embrasement de 2005 a succédé une mobilisation intellectuelle. Depuis toujours, nos revendications sont simples : ne pas être dénigré, sous-évalué, regardé de haut en bas, ne pas se demander à chaque réponse négative : « Est-ce que j’ai fait tout ça pour rien ? ».
J’ai Bac +5, je ne viens pas de quartier défavorisé mais comme je suis noire, il est fort probable que je sois jugée sur mes origines plutôt que sur mes compétences. Cette réalité (républicaine) fait plus que mal, elle meurtrit.
Cécile Thomachot