Les femmes africaines ont concrètement inventé la technique du tressage qui consiste à entrelacer trois sections de cheveux et qui a pour but de protéger du dessèchement. Plus vieille coiffure du monde, elle a longtemps servi à démarquer les ethnies africaines les unes des autres. Elle recelait également une signification précise selon la condition sociale, l’âge ou les événements de la vie (mariage, enterrement). Toujours aussi importante dans la vie des femmes, la méthode s’acquiert dès le plus jeune âge. Là où certaines apprennent à compter, à lire, à faire du vélo, les petites filles aux cheveux de coton n’ont d’autre choix que de maîtriser le doigté capillaire pour paraître soignées.
Art préhistorique, art de la transmission, art de la créativité, la tresse a traversé les différentes ères, voyagé de continent en continent, a fait des émules auprès de la communauté noire mais il aura fallu une Kim (Kardashian) et une Elsa (de Disney) pour que cette coiffure soit enfin reconnue à sa juste valeur et devienne tendance. Même Pocahantas n’a pas réussi un tel engouement dans la durée. Vous l’avez sans doute remarqué, les femmes ne jurent que par ça en ce moment : à la télé (dans les émissions comme Koh Lanta/The Island, c’est une coiffure idéale pour camoufler les cheveux sales), à la ville (touristes au programme chargé ayant téléchargé des tutoriels sur leur tablette avant de partir), au bureau (la couronne natte est une variante professionnelle du chignon négligé), à la salle de sport (tu n’as pas associé ton élastique à tes lacets, rohh la loose quoi !).
Pratique, rapide, efficace, la tresse a de beaux jours devant elle. Et n’oubliez pas entre deux shampoings de « libérer, délivrer » votre cheveu!
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Vous saurez que…
Il faut oublier la coupe de cheveu originale, le piercing à un endroit « insolite », le maquillage sorti de Mars Attack et les costumes assortis… si vous avez la vingtaine et que vous n’envisagez pas d’avoir un tatouage ou que vous n’en avez pas encore, ben c’est que vous venez d’une autre planète car c’est le nouveau moyen d’expression personnalisé (les sociologues le disent). Je sais, c’est dur de ne pas succomber à cette surimpression de sa personnalité dans ce monde de narcissiques assumés mais c’est possible qu’un jour, vous soyez contents de ne pas avoir croulé sous le poids de l’encre !
PS : vous avez raison de vous méfier des aiguilles depuis votre plus jeune âge
Apparence et alchimie
L’amitié, l’amour, quels en sont les tenants et les aboutissants, tel serait le leitmotiv de la réalisatrice française Céline Sciamma. Avec la rediffusion de Tomboy (garçon manqué) en février dernier sur Arte, regardé par 1,25 millions de téléspectateurs, elle nous laisse une fois de plus avec moult questionnements. De quoi tombe t-on amoureux chez une personne ? Comment naît le sentiment d’attachement ? Pourquoi cette personne en particulier ?
Le scénario : période estivale, Laure, une fille de 10 ans vient d’emménager avec ses parents et sa petite sœur Jeanne dans une nouvelle ville. Dans l’immeuble, les garçons sont en majorité et forment une bande. Pour intégrer celle-ci, elle décide de leur ressembler. Pour les enfants du coin, elle s’appelle « Mickaël ». Pendant les activités football et baignade, Lisa, la seule fille de la bande est attirée par elle/lui sans se douter de la supercherie. Les deux enfants se rapprochent, se fréquentent souvent, traînent ensemble et finissent par s’embrasser.
La duperie est découverte suite à une bagarre. La mère de Laure/Mickael l’oblige à s’excuser auprès de l’autre garçon, en lui faisant porter une robe. Les enfants de l’immeuble abasourdis, veulent humilier la « traîtresse » et demandent à Lisa d’examiner publiquement le sexe de Laure/Mickael pour vérifier.
T’as bon goût, tu sais !
Le but de Céline Sciamma : « montrer le libre-arbitre des enfants, la capacité à s’inventer une identité, la possibilité de s’affirmer au monde et à soi-même ». Le message le plus fort étant sans doute qu’on ne peut pas se mentir à soi-même. L’instinct est roi en matière de désir. Quid de notre cerveau, premier organe sexuel, (paraît-il) qui sous l’action des hormones, ferait la part belle au rationnel et favoriserait nos pulsions*?
Expressivité du visage, odeur corporelle, timbre de la voix, texture de la peau, goût de l’autre. Nos cinq sens sont tout à coup en éveil. Le sixième interprèterait cette sensation pour nous faire re-sentir concrètement l’exaltation de notre corps/cœur.
Finalement, l’amour n’est peut-être pas l’apanage des poètes. La science tente depuis bien longtemps d’y mettre son IRM…euh son grain de sel. Certains scientifiques supposent que déjà l’homme de Cro-Magnon aurait connu cette expérience sensorielle et psychique extrêmement sensible, étrange, perturbante.
D’autres émettent l’hypothèse du toucher comme facteur déclencheur de l’attachement.
Au contact de l’autre, un sentiment de bien-être et de confiance nous envahirait.
Loin de là l’idée de réduire cette sensation à une pure attraction physique – une apparence plaisante associée à notre imagination débordante quant à la personnalité qui l’habite – mais nos sens sont quand même responsables du choix de nos partenaires potentiels. Avec un jugement porté en l’espace de 1000 millisecondes, autant dire instantanément, nous savons qu’il y a possibilité de relation.
Les comédies romantiques nous ont toujours induits en erreur avec leur « suivre les signes ».
Pour une alchimie quasi parfaite, il faut plutôt prêter attention aux signaux corporels. Ceux qui tentent de traduire une sensation, une altération de notre être.
Après tout, la confusion finit souvent par devenir une évidence. Parce que c’était lui/elle, parce que c’était moi, n’est-ce pas Montaigne ?!
Réflexion faite… Le sentiment amoureux est du genre très troublant.
Cécile Thomachot
*Les Dernières nouvelles du sexe. Émission en trois volets diffusés sur Arte en avril 2014.