Les femmes africaines ont concrètement inventé la technique du tressage qui consiste à entrelacer trois sections de cheveux et qui a pour but de protéger du dessèchement. Plus vieille coiffure du monde, elle a longtemps servi à démarquer les ethnies africaines les unes des autres. Elle recelait également une signification précise selon la condition sociale, l’âge ou les événements de la vie (mariage, enterrement). Toujours aussi importante dans la vie des femmes, la méthode s’acquiert dès le plus jeune âge. Là où certaines apprennent à compter, à lire, à faire du vélo, les petites filles aux cheveux de coton n’ont d’autre choix que de maîtriser le doigté capillaire pour paraître soignées.
Art préhistorique, art de la transmission, art de la créativité, la tresse a traversé les différentes ères, voyagé de continent en continent, a fait des émules auprès de la communauté noire mais il aura fallu une Kim (Kardashian) et une Elsa (de Disney) pour que cette coiffure soit enfin reconnue à sa juste valeur et devienne tendance. Même Pocahantas n’a pas réussi un tel engouement dans la durée. Vous l’avez sans doute remarqué, les femmes ne jurent que par ça en ce moment : à la télé (dans les émissions comme Koh Lanta/The Island, c’est une coiffure idéale pour camoufler les cheveux sales), à la ville (touristes au programme chargé ayant téléchargé des tutoriels sur leur tablette avant de partir), au bureau (la couronne natte est une variante professionnelle du chignon négligé), à la salle de sport (tu n’as pas associé ton élastique à tes lacets, rohh la loose quoi !).
Pratique, rapide, efficace, la tresse a de beaux jours devant elle. Et n’oubliez pas entre deux shampoings de « libérer, délivrer » votre cheveu!
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Et la transformation devient (presque) matière première
Vous avez remarqué ce vent qui commence à tourner? Non il n’est pas ici question de prévisions météorologiques. Je fais allusion à la réhabilitation des filières professionnelles et plus précisément celle des métiers d’art. Souvenez-vous de cette période en troisième, plus précisément au deuxième trimestre, où vous deviez indiquer vos vœux provisoires concernant l’orientation. La filière générale a longtemps tenu le haut du pavé et ceux qui choisissaient délibérément la voie technico-professionnelle étaient catalogués comme « pas doués pour les études ». Faire un CAP, quelle horreur ! On entendait dire avec cet air désapprobateur qu’être plombier, mécanicien ou coiffeur, ne pouvait pas être une vocation, encore moins une passion. Pourtant, ce qu’on oubliait de dire pendant le fameux entretien individuel d’orientation, c’est que ces formations vous menaient inévitablement à un métier, pas comme celles de la filière générale qui donnent plus de connaissances théoriques que pratiques.
Au vu du nombre croissant de jeunes déscolarisés, peu ou pas diplômés, les politiques ont enfin pris le temps de la réflexion. Cette dernière s’est muée en une initiative à la fois pédagogique et participative : les Journées des Métiers d’Art (JEMA). Elles ont été créées en 2002 à la demande du ministère de l’Artisanat et sont devenues européennes en 2012. Près de 8500 événements sont organisés en France (métropole et Outre-Mer) pendant trois jours*.
J’en ai seulement pris connaissance il y a un an, en me retrouvant par hasard devant l’entrée du musée des Arts Décoratifs à Paris. Cette année, pour la 10e édition, j’étais à l’affût et je me suis préparée un programme digne de ce nom. Légèrement influencée par le site internet, mon attention s’est arrêtée sur le viaduc des arts dans le 12e arrondissement de la Capitale. Ancien viaduc ferroviaire de la ligne Vincennes-Bastille, rénové dans les années 90, il abrite désormais une cinquantaine d’artisans.
(s’) investir dans la libre création
Pendant deux jours, je me suis délectée d’anecdotes, de mouvements, de démonstrations et de créations. La lithographie a ouvert le bal. La technique consiste à imprimer en plusieurs exemplaires, un dessin reproduit à l’envers sur une pierre à l’aide d’un pinceau ou d’un crayon spécial. A l’atelier Stéphane Guilbaud, j’apprends que le procédé repose sur le fait que l’eau et les matières grasses ne se mélangent pas. C’est pourquoi les couleurs ne s’étalent pas de façon anarchique lorsqu’elles passent dans la machine dite presse lithographique. Ce bloc de fonte, composé de divers rouleaux cylindriques, date de 1920. Nous assistons à la reproduction d’un tableau de fleurs. L’artiste désire en avoir 150 exemplaires. Le lithographe commence par la couleur la plus claire, le rose. Il nous explique qu’il faudra dix jours pour terminer l’œuvre. Il reste encore 14 couleurs à imprimer. Le mécanisme de la presse, semblable à celui d’une machine à vapeur, me fascine.
Je troque l’odeur de l’encre (qui me fait tourner la tête) pour celle du bois. Direction Hervé Ebéniste spécialisé dans l’ameublement sur-mesure. A l’occasion des JEMA, l’équipe propose la création d’un ouvrage collectif : un paravent décoré à partir de chutes de bois de placage. Ce dernier est le résultat de la coupe de planches de bois en lamelles très fines. Avec mon amie, nous devons faire un assemblage de deux bois différents. Notre choix se porte sur le bois de chêne et celui d’ébène. Très vite, nous nous rendons compte que le bois d’ébène est très friable. Nous avons beau avoir d’excellents professeurs, nous avons du mal à maitriser le mouvement de la scie à placage. Les doigts ne sont pas bien positionnés, les dents ne s’enfoncent pas, la lamelle résiste. Une crampe et une heure plus tard, nous avons réussi ! Pas peu fières de notre production, nous la prenons en photo et remercions chaleureusement les ébénistes qui nous ont encadrées. Après l’effort, le réconfort. Nous ne résistons pas et nous entrons dans l’Atelier C, un chocolatier. Nous y découvrons d’emblée la tablette de chocolat 100 % qui d’ailleurs, à ce stade, se nomme pâte de cacao. La dame a beau insister sur l’amertume, je ne ressens que de l’acidité. C’est vraiment étrange. Nous sommes trop habitués au chocolat avec 75 % de cacao. Notre palais n’apprécie pas. En revanche, notre odorat et nos papilles réagissent positivement à la fève de tonka. Fruit de l’arbre de teck, utilisé pour l’ameublement, la fève de tonka dégage un parfum délicat et légèrement boisé. Christophe Berthelot-Sampic, maître chocolatier s’en sert pour fabriquer des moussoirs. Normalement ce sont des ustensiles en bois destinés à faire mousser le lait. Ici, on a réinventé le concept en faisant fondre du chocolat dans des moules en forme de cubes. Une fois refroidit, quelques minutes suffisent, et démoulés, ils sont prêts à la dégustation.
Jeux de mains, règles d’artisans
Loin de moi l’idée de jouer à pierre, bois, ciseaux… le lendemain (samedi), je me rends à l’Atelier. Sobrement intitulée « Papier », l’expo-vente rend hommage à ce support dont on avait annoncé la mort suite à l’avènement du numérique. 18 créateurs nous prouvent le contraire. Le papier est devenu matériau de création : luminaires, sculptures, tissages, reliures de livres se révèlent subtiles et originaux, sous nos yeux ébahis.
Je reste dans cet univers en m’inscrivant à un atelier d’origami. Le mot vient du japonais oru « plier » et kami « papier ». Laurie Boilleaut, graphiste en freelance, a découvert cet art il y a quelques années et grâce à des tutoriels sur internet, elle a pu l’exercer en le combinant à sa formation initiale. Elle profite de cet événement pour nous faire partager son savoir et sa bonne humeur. La journée a été longue pour elle. Les ateliers se sont enchaînés avec, en majorité, des enfants très volubiles. Elle nous montre la fleur que nous allons créer à l’aide d’un pistolet à colle. La démonstration me rappelle les expériences ratées de pliage de serviette en tissu. Heureusement, le papier prend forme plus facilement. Au bout de 20 minutes et quelques filaments de colle sur les doigts, ma fleur est finie. Cette fois-ci, je peux repartir avec ma production et j’en suis ravie. C’est gratifiant d’acquérir un savoir-faire. « Métiers d’art, gestes de demain », la manifestation portait bien son nom.
Tu seras perruquier-postiche, ébéniste, céramiste, malletier, boulanger… mon enfant ! Ce discours doit être dit et répété avec fierté. Rendons leurs qualifications à ceux dont le savoir-être n’était pas assez respectable pour la société d’hier. Et ne sous-estimons plus la transformation de soi par la matière.
Cécile Thomachot
* Chiffres de l’année 2015 de l’Institut National des Métiers d’Art
Viaduc des arts
L’Atelier d’Ateliers d’Art de France
Vous saurez que…
En ces temps d’admission post-bac, toutes mes pensées vont à ces jeunes, rêveurs, encore motivés, prêts à croquer la vie (estudiantine) à pleines dents. Rien ne sert de s’arrêter sur ce terme « débouchés » que nombreux gens de l’Élysée et experts répètent à l’envi car certaines promesses (d’avenir) ne seront pas tenues. Parfois vaut mieux attendre dans les bouchons plutôt que de finir dans une voie de garage. Soyez impertinents dans vos démarches, désobstruez la vision des soi-disant conseillers qui ne cessent de vous dire où aller, au risque de vous perdre en chemin. Désorientés voire désabusés, n’écoutez pas ce discours mal embouché qui veut faire de votre ambition qu’une bouchée. S’orienter est une chose mais trouver sa voie en est une autre… Dans tous les cas, vous avez voix au chapitre sur cette page qui se tourne.
Vous saurez que…
« Aller aux fraises » est de nouveau tendance. Vous savez cette expression qu’on employait fin des années 90-début années 2000 pour désigner un pantalon trop court qui ne tombait pas bien sur la chaussure. Désormais, on se retrousse les manches et les bas de pantalons. Par vent, pluie, températures glaciales ou soleil brûlant, il est de bon goût d’exhiber sa cheville voire son mollet. Et déjà un an que ça dure ! Dire qu’au début du XXème siècle, ce bout de peau provoquait émoi, jugé hautement sensuel… Il aura fallu deux guerres et une Coco (Chanel) pour que la cheville passe de l’inattendu à l’inaperçu. Avec cet acte de dévoilement, entendons-nous être à nouveau des rebelles (de peau) ?
Il n’y a plus de place pour les rêves
« Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action » Henri Bergson
Malek Boukerchi est un ultra marathonien, un homme qui adore courir par n’importe quel temps, qui aime sentir tous les muscles de son corps, qui aime relever des défis. Pourquoi est-ce que je parle de lui ? Tout simplement pour la bonne raison qu’il a donné une conférence sur le dépassement de soi lors du festival du film citoyen à Paris le 23 janvier dernier. Un vrai discours du genre développement personnel saupoudré d’optimisme débordant : « Tout est possible dans la vie », « Quand il y a de l’envie et de la volonté, on trouve toujours un chemin », « Il ne faut pas abandonner ses rêves ». Il a du bagout. Ses paroles sont rythmées, percutantes, illustrées par des photos de son récent exploit, soit parcourir 142 km en Antarctique par moins 45 degrés. Il captive le public pendant plus d’une heure, et pour cause, Malek Bouckerchi est aussi un spécialiste en intelligence relationnelle et en management coopératif.
Pour ma part, une seule phrase a retenu toute mon attention. « Il y en a qui pratique la cohérence avec un H et d’autres qui s’adonnent à la co-errance avec un tiret ». Bien sûr, il estime que le premier prévaut sur le second. Mais à y réfléchir, la co-errance peut permettre aussi de trouver son chemin voire de créer son chemin.
Que nous disent l’État, les recruteurs, les conseillers Pôle Emploi, l’entourage : « il faut être cohérent dans son parcours, se fixer un objectif et s’y tenir ». Sinon nous serons jugés inconstants, indécis. Mais que nous apprend la vie ? Qu’il faut s’adapter. On ne reste plus des années dans la même entreprise, on diversifie ses expériences professionnelles, on prend parfois le premier travail qui se présente, on se lance dans l’entrepreneuriat. A l’heure de la crise économique, identitaire, sociétale, la cohérence est un beau mot, en passe de devenir un gros mot. Malek se revendique « guetteur de rêves ». Il encourage les gens à dire et à réaliser les rêves sans quoi « nos vies en tant qu’êtres humains seraient insupportables ». Notre faculté à rêver, à se projeter nous permet d’avancer. Et qu’en est-il dès lors que celle-ci se noie sous un flot d’informations contradictoires ? A l’heure de la déshumanisation du recrutement où il n’y a plus d’interlocuteur juste une messagerie de réponses automatiques, de la catégorisation sommaire de Pôle Emploi quant aux métiers existants… Il me semble qu’il n’y a plus de place pour les rêves.
Je trouve cela déconcertant de parler à tout bout de champ du « marché de l’emploi », « des secteurs porteurs », « des entreprises qui recrutent », tout en ne portant aucune attention à nos désirs, à ce qui nous anime profondément, à ce qui nous fait vibrer. A aucun moment, je dis bien aucun moment, les personnes censées m’accompagner dans la définition (souvent très simplifiée) de mon « projet d’avenir », ne m’ont posée ces simples questions : « Qu’aimeriez-vous faire dans la vie ? D’où venez-vous ? Où souhaitez-vous aller ? » . Cela doit être jugé très futile au regard des attentes du marché. Encore un terme éco-barbare qui vous renvoie délibérément aux finalités de nos sociétés capitalistes : soyez performants et accumulez du capital.
A qui profite ce crime ? Parce que ne pas prendre en compte les rêves des enfants comme des adultes est un acte dévastateur. Pourtant, on nous dit bien qu’un bilan de compétences est inutile si nous n’avons pas une « profonde connaissance de soi ». La confiance en soi naît de cette foi en la réalisation de nos désirs, de nos rêves. Une entrepreneure rencontrée en France et exilée à présent au Canada m’a dit un jour : « la différence de mentalité entre l’Europe et l’Amérique du Nord réside en deux mots, quand tu exposeras ton idée, l’Européen te demandera ‘Pourquoi ?’ Autrement dit, pourquoi faire ? Et l’Américain te demandera «Comment ? ». D’un côté, d’emblée on vous incite à justifier le bien fondé de votre action, de l’autre, on vous encourage à trouver tous les moyens nécessaires pour parvenir à sa réalisation. La réelle distinction entre la réussite à la française et le rêve américain demeurent peut-être dans ces deux façons de penser. La première résulte souvent d’un rationalisme pragmatique où toute action doit d’abord subir le test de compatibilité avec le système puis être validée par la société. La seconde encourage la croyance pragmatique, faire de son originalité un tout nouveau système, peu importe si la société est prête ou non à le recevoir. Beaucoup de gens qui ont réussi, célèbres ou non, dont le travail est en adéquation avec ce qu’ils sont, ont erré longtemps entre refus et désillusion avant de parvenir à leur harmonie, leur cohérence. Alors co-errons et bâtissons une société à partir de nos rêves, car il paraît qu’ils sont faits pour être réalisés !
Cécile Thomachot