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Vous saurez que…

Les femmes africaines ont concrètement inventé la technique du tressage qui consiste à entrelacer trois sections de cheveux et qui a pour but de protéger du dessèchement. Plus vieille coiffure du monde, elle a longtemps servi à démarquer les ethnies africaines les unes des autres. Elle recelait également une signification précise selon la condition sociale, l’âge ou les événements de la vie (mariage, enterrement). Toujours aussi importante dans la vie des femmes, la méthode s’acquiert dès le plus jeune âge. Là où certaines apprennent à compter, à lire, à faire du vélo, les petites filles aux cheveux de coton n’ont d’autre choix que de maîtriser le doigté capillaire pour paraître soignées.
Art préhistorique, art de la transmission, art de la créativité, la tresse a traversé les différentes ères, voyagé de continent en continent, a fait des émules auprès de la communauté noire mais il aura fallu une Kim (Kardashian) et une Elsa (de Disney) pour que cette coiffure soit enfin reconnue à sa juste valeur et devienne tendance. Même Pocahantas n’a pas réussi un tel engouement dans la durée. Vous l’avez sans doute remarqué, les femmes ne jurent que par ça en ce moment : à la télé (dans les émissions comme Koh Lanta/The Island, c’est une coiffure idéale pour camoufler les cheveux sales), à la ville (touristes au programme chargé ayant téléchargé des tutoriels sur leur tablette avant de partir), au bureau (la couronne natte est une variante professionnelle du chignon négligé), à la salle de sport (tu n’as pas associé ton élastique à tes lacets, rohh la loose quoi !).
Pratique, rapide, efficace, la tresse a de beaux jours devant elle. Et n’oubliez pas entre deux shampoings de « libérer, délivrer » votre cheveu!

Vous saurez que…

En ces temps d’admission post-bac, toutes mes pensées vont à ces jeunes, rêveurs, encore motivés, prêts à croquer la vie (estudiantine) à pleines dents. Rien ne sert de s’arrêter sur ce terme « débouchés » que nombreux gens de l’Élysée et experts répètent à l’envi car certaines promesses (d’avenir) ne seront pas tenues. Parfois vaut mieux attendre dans les bouchons plutôt que de finir dans une voie de garage. Soyez impertinents dans vos démarches, désobstruez la vision des soi-disant conseillers qui ne cessent de vous dire où aller, au risque de vous perdre en chemin. Désorientés voire désabusés, n’écoutez pas ce discours mal embouché qui veut faire de votre ambition qu’une bouchée. S’orienter est une chose mais trouver sa voie en est une autre… Dans tous les cas, vous avez voix au chapitre sur cette page qui se tourne.

Il n’y a plus de place pour les rêves

« Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action » Henri Bergson

Malek Boukerchi est un ultra marathonien, un homme qui adore courir par n’importe quel temps, qui aime sentir tous les muscles de son corps, qui aime relever des défis. Pourquoi est-ce que je parle de lui ? Tout simplement pour la bonne raison qu’il a donné une conférence sur le dépassement de soi lors du festival du film citoyen à Paris le 23 janvier dernier. Un vrai discours du genre développement personnel saupoudré d’optimisme débordant : « Tout est possible dans la vie », « Quand il y a de l’envie et de la volonté, on trouve toujours un chemin », « Il ne faut pas abandonner ses rêves ». Il a du bagout. Ses paroles sont rythmées, percutantes, illustrées par des photos de son récent exploit, soit parcourir 142 km en Antarctique par moins 45 degrés. Il captive le public pendant plus d’une heure, et pour cause, Malek Bouckerchi est aussi un spécialiste en intelligence relationnelle et en management coopératif.
Pour ma part, une seule phrase a retenu toute mon attention. « Il y en a qui pratique la cohérence avec un H et d’autres qui s’adonnent à la co-errance avec un tiret ». Bien sûr, il estime que le premier prévaut sur le second. Mais à y réfléchir, la co-errance peut permettre aussi de trouver son chemin voire de créer son chemin.
Que nous disent l’État, les recruteurs, les conseillers Pôle Emploi, l’entourage : «  il faut être cohérent dans son parcours, se fixer un objectif et s’y tenir ». Sinon nous serons jugés inconstants, indécis. Mais que nous apprend la vie ? Qu’il faut s’adapter. On ne reste plus des années dans la même entreprise, on diversifie ses expériences professionnelles, on prend parfois le premier travail qui se présente, on se lance dans l’entrepreneuriat. A l’heure de la crise économique, identitaire, sociétale, la cohérence est un beau mot, en passe de devenir un gros mot. Malek se revendique « guetteur de rêves ». Il encourage les gens à dire et à réaliser les rêves sans quoi « nos vies en tant qu’êtres humains seraient insupportables ». Notre faculté à rêver, à se projeter nous permet d’avancer. Et qu’en est-il dès lors que celle-ci se noie sous un flot d’informations contradictoires ? A l’heure de la déshumanisation du recrutement où il n’y a plus d’interlocuteur juste une messagerie de réponses automatiques, de la catégorisation sommaire de Pôle Emploi quant aux métiers existants… Il me semble qu’il n’y a plus de place pour les rêves.

Je trouve cela déconcertant de parler à tout bout de champ du « marché de l’emploi », « des secteurs porteurs », «  des entreprises qui recrutent », tout en ne portant aucune attention à nos désirs, à ce qui nous anime profondément, à ce qui nous fait vibrer. A aucun moment, je dis bien aucun moment, les personnes censées m’accompagner dans la définition (souvent très simplifiée) de mon « projet d’avenir », ne m’ont posée ces simples questions : « Qu’aimeriez-vous faire dans la vie ? D’où venez-vous ? Où souhaitez-vous aller ? » . Cela doit être jugé très futile au regard des attentes du marché. Encore un terme éco-barbare qui vous renvoie délibérément aux finalités de nos sociétés capitalistes : soyez performants et accumulez du capital.

A qui profite ce crime ? Parce que ne pas prendre en compte les rêves des enfants comme des adultes est un acte dévastateur. Pourtant, on nous dit bien qu’un bilan de compétences est inutile si nous n’avons pas une « profonde connaissance de soi ». La confiance en soi naît de cette foi en la réalisation de nos désirs, de nos rêves. Une entrepreneure rencontrée en France et exilée à présent au Canada m’a dit un jour : « la différence de mentalité entre l’Europe et l’Amérique du Nord réside en deux mots, quand tu exposeras ton idée, l’Européen te demandera ‘Pourquoi ?’ Autrement dit, pourquoi faire ? Et l’Américain te demandera «Comment ? ». D’un côté, d’emblée on vous incite à justifier le bien fondé de votre action, de l’autre, on vous encourage à trouver tous les moyens nécessaires pour parvenir à sa réalisation. La réelle distinction entre la réussite à la française et le rêve américain demeurent peut-être dans ces deux façons de penser. La première résulte souvent d’un rationalisme pragmatique où toute action doit d’abord subir le test de compatibilité avec le système puis être validée par la société. La seconde encourage la croyance pragmatique, faire de son originalité un tout nouveau système, peu importe si la société est prête ou non à le recevoir. Beaucoup de gens qui ont réussi, célèbres ou non, dont le travail est en adéquation avec ce qu’ils sont, ont erré longtemps entre refus et désillusion avant de parvenir à leur harmonie, leur cohérence. Alors co-errons et bâtissons une société à partir de nos rêves, car il paraît qu’ils sont faits pour être réalisés !

Cécile Thomachot

Les 20 Commandements de la vie en banlieue

Pour entrer dans les transports en commun, ton prochain, tu piétineras

Le collé-serré non consentant, tu exerceras

A tes aînés, ta place, tu céderas

Ta vision de la beauté, tu imposeras

Tes baskets à ton foulard, tu assortiras,

De tes marques et de ton smartphone, tu te vanteras

Le style de tes potes, tu copieras

Ton flingue, de manière peu subtile, tu cacheras

Ta conversation téléphonique, au plus grand nombre, tu partageras

Sur les bonnes vibes pour te remonter le moral, tu compteras

A la solidarité de la communauté, tu te raccrocheras

Tes fruits et légumes, tu braderas

Expert du harcèlement de rue, tu seras

A la gent féminine, l’espace public, tu refuseras

De l’abus d’autorité, tu te méfieras

Le respect et l’acceptation de tes origines, tu revendiqueras

Tes envies de changer la réalité et de réussir ici, tu exprimeras

En faisant preuve de détermination et de débrouillardise, tu te démarqueras

Par l’élaboration de nouvelles règles, de la société, tu te joueras

De par ton attitude, la violence symbolique et ta frustration, tu dénonceras.

Cécile Thomachot

Vous saurez que…

Il faut oublier la coupe de cheveu originale, le piercing à un endroit « insolite », le maquillage sorti de Mars Attack et les costumes assortis… si vous avez la vingtaine et que vous n’envisagez pas d’avoir un tatouage ou que vous n’en avez pas encore, ben c’est que vous venez d’une autre planète car c’est le nouveau moyen d’expression personnalisé (les sociologues le disent). Je sais, c’est dur de ne pas succomber à cette surimpression de sa personnalité dans ce monde de narcissiques assumés mais c’est possible qu’un jour, vous soyez contents de ne pas avoir croulé sous le poids de l’encre !

PS : vous avez raison de vous méfier des aiguilles depuis votre plus jeune âge